Le vendredi 20 avril 2017

A la table des Doges

A la table des Doges

du 20180420 au 20180420 La gastronomie est le miroir de l’histoire de Venise. Venise est née sur de petits lopins de terre dans les marais inhospitaliers de la lagune. Pourtant, pendant des siècles, elle a détenu une suprématie dans l’art gastronomique. Elle a mis sur les tables d’Europe une empreinte qui est le reflet de sa riche histoire.

Les premiers habitants de la lagune furent contraints à chercher leur alimentation dans l’eau qui les entourait. Les poissons évidemment, mais surtout le sel. Grâce à l’exploitation des marais salants, ils ont offert à l’Europe, dès le Vème siècle, le moyen de conserver les aliments et de diminuer ainsi famines et maladies. Ce fut le début de la fortune de ces courageux marins, situés géographiquement dans un endroit idéal pour devenir la porte entre l’Orient et l’Occident. Maîtres dans la construction de galères, ils partirent parcourir le monde pour y découvrir les produits qui allaient révolutionner les cuisines européennes : l’huile, du sucre, des épices, du vin, du chocolat, du café, et tant d’autres...
Commerçants adroits, conquérants et entrepreneurs audacieux ils devinrent incontournables dans le commerce de tous ces produits très coûteux. La gastronomie fut ainsi pour la Sérénissime un moyen d’étaler sa puissance économique et politique. Puis, petit à petit, à partir du 15ème siècle tout cela se tarit pour des raisons économiques. Les grands états européens se tournèrent contre cette république qui les avait défiés pendant trop longtemps. Napoléon décida de soumettre la Sérénissime et, avec l’Autriche, finit par la rompre, si bien qu’elle tomba facilement dans l’escarcelle de Garibaldi lors de l’unification italienne en 1861. Aujourd’hui les bigoli in salsa, le bacalà, les sarde in saor et la fritela résistent vaillament dans les restaurants typiques de Venise. Gageons qu’ils continueront à tenir tête aux pizzas surgelées trop souvent préférées par les touristes.